Address by His All-Holiness at the Greek Orthodox Metropolis of France

Paris, 28 janvier 2014*

 

Éminences,

Cher Métropolite Emmanuel de France

Excellences,

Mesdames et Messieurs les représentants des différentes Églises en France,

Mesdames et Messieurs les représentants des cultes en France

Mesdames et Messieurs les représentants du corps diplomatique,

Mesdames et Messieurs les représentants des pouvoirs publics,

Mesdames et Messieurs,

Enfants bien-aimés dans le Seigneur,

 

Nous nous réjouissons tout particulièrement du fait que notre venue à Paris ait pu coïncider avec cette belle tradition de cérémonie des vœux de l’Assemblée des Evêques Orthodoxes de France en ce début d’année civile. Cela nous permet de retrouver chacune et chacun d’entre vous ce soir.

Nous venons de prier pour que le Seigneur bénisse le temps, pour qu’il bénisse nos projets, nos initiatives, nos engagements dès lors que nous oeuvrons en faveur du bien. Mais il ne peut y avoir de bien sans liberté, de même qu’il ne peut y avoir une idée du bien sans une idée de Dieu. Contrairement à certaines idéologies apparues au temps des Lumières, la foi chrétienne ne peut pas être réduite à une forme d’asservissement morale, à une force de coercition institutionnelle qui sous couvert d’un message d’amour ne prêchait dans les faits que la soumission. Nous récusons cette vision bien trop simpliste du christianisme. Ce dernier se définit comme une vie en Christ, et est un phénomène complexe et souvent paradoxal. Il est pétri des contradictions propres à l’humanité qui la compose, mais ne peut être résumé à ces seules considérations, car nos faiblesses ont été rachetées, nous le croyons et nous le proclamons, par l’incarnation, la mort et la résurrection du Christ. Aussi, faut-il prendre en considération la dimension divine de l’Église, c’est-à-dire tout ce qui dépasse et transcende nos fragilités, dans et par l’inspiration du Saint-Esprit. Notre mission pastorale consiste donc à nous faire les interprètes de la complexité du monde. Nous ne nous substituons pas, pour autant, aux scientifiques, aux philosophes, ni mêmes aux hommes et femmes politiques. A chacun sa vocation. La nôtre est d’humblement apporter l’éclairage nécessaire permettant aux hommes et aux femmes d’exercer leur volonté en toute liberté. Pour reprendre le mot de Soren Kierkegaard : « La chose la plus formidable octroyée à l’être humain est le choix, la liberté. » Dans la théologie orthodoxe le thème de la liberté est une question liée à notre salut en Jésus-Christ. Nous reconnaissons en l’humanité, selon les mots mêmes du livre de la Genèse, être création « selon l’image et la ressemblance » de Dieu. L’image de Dieu dans l’homme est donc considérée comme un don, celui de la faculté d’être libre, inscrite même jusqu’au plus intime de notre nature. Le théologien Vladimir Lossky, en s’inspirant de l’enseignement des Pères de l’Église, écrit : « Ce qui correspond en nous à l’image de Dieu n’est donc pas une partie de notre nature, mais la personne qui comprend en elle la nature. » Nous sommes convaincus que sans liberté, il ne peut y avoir de personnalité authentique. C’est ce que nous avons rappelé plus tôt ce matin à l’Académie des Sciences Morales et Politiques, dans notre communication sur religion et liberté.

C’est au nom de cette liberté comprise comme un don de Dieu que nous entendons réguler nos relations avec le pouvoir politique, dans le respect et l’intégrité des sphères spirituelles et séculières. L’Église orthodoxe parle souvent d’un modèle de « symphonie » qui s’inscrit parfaitement dans le fonctionnement de la France républicaine et laïque dès lors que tous les avis sont entendus, que les opinions sont respectées, que l’autre est accepté pour ce qu’il est et non pour ce que nous voudrions qu’il soit. La religion ne peut être réduite à sa seule utilité pour le politique. D’ailleurs, il n’y a rien de moins utile que la religion, car il n’y a rien de plus nécessaire que la foi. Le Saint Apôtre Paul le dit autrement : « Ayant donc reçu notre justification de la foi, nous sommes en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ, lui qui nous a donné d’avoir accès par la foi à cette grâce en laquelle nous sommes établis et nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu » (Rm 5,1-2).

Fort de cette espérance, notre sollicitude ne peut s’arrêter à notre seul prochain, la protection de l’environnement doit être au cœur de notre engagement chrétien. Depuis plusieurs décennies, nous interpellons le monde devant la catastrophe inéluctable qui dessine devant nous. Les questions environnementales dépassent de loin les seules considérations liées à la préservation de la création. Il s’agit avant tout aujourd’hui d’un problème de justice à l’échelle mondiale. L’Église orthodoxe, en se fondant sur son héritage spirituel, est susceptible d’inspirer un ensemble de gestes devant manifester le lien de communion qui unit tous les membres de la création. La foi chrétienne et le prolongement de l’histoire du salut à l’intérieur de la vie de l’Église portent en eux une vision du monde particulière. Nous inspirant du récit du livre de la Genèse et de la tradition patristique et exégétique postérieure, nous pensons que cette vision d’un monde interdépendant est centrée autour des figures du Christ et de l’Esprit Saint « par qui tout a été fait ». Croissance et développement sont aujourd’hui des indicateurs de puissance. Pour autant, cette puissance s’accompagne de grandes responsabilités envers l’environnement, ses ressources qui vont en disparaissant et les personnes les plus vulnérables qui subissent de plein fouet les changements climatiques pour les paupériser davantage. En tant que croyants, nous devons travailler sur les consciences non seulement des décideurs politiques, mais aussi sur notre manière de nous comprendre comme des êtres de relation. Tel est en substance le thème de la leçon académique que nous présenterons à l’Institut Catholique de Paris, jeudi 30 janvier prochain.

Mesdames et Messieurs,

En mai prochain, nous retrouverons notre Frère dans le Seigneur, Sa Sainteté le Pape François en Terre sainte, cinquante ans après que nos bienheureux prédécesseurs, Sa Sainteté le Pape Paul VI et Sa Sainteté le Patriarche Athénagoras aient échangé un baiser qui devait transformer un millénaire de séparation et de confrontation. Notre prochaine rencontre est un événement important dans les relations entre l’Église sœur catholique romaine et le Patriarcat œcuménique et à travers lui toute l’Église orthodoxe. Il ne s’agit pas uniquement de réitérer un engagement œcuménique fort pris il y a cinq décennies, mais d’intensifier les rencontres afin de franchir une nouvelle étape en vue du rétablissement de la pleine communion entre les deux Églises sœurs. La rencontre ne sera pas purement protocolaire. Dans le cas contraire, elle n’aurait aucun intérêt en soi. En nous retrouvant, nous entendons signifier que les murs de séparation construits par l’histoire sont sur le point de céder. Mais rien à voir avec un oubli pur et simple, la mémoire doit être purifiée de ses écueils et la conscience ecclésiale se doit désormais de contempler les conditions de possibilité d’une unité retrouvée. La redécouverte de notre unité se construit à partir du terreau fertile du dialogue. Désormais, les travaux de la commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe traitent des questions de fond s’agissant notamment de l’exercice de l’autorité dans l’Église. Reconnaissons qu’en cinquante ans et grâce à l’ouverture rendue possible par le concile Vatican II, nous avons parcouru un long chemin ensemble. Ce chemin reste ouvert. Nous sommes appelés à trouver les mêmes mots pour décrire une seule et même histoire de l’Église, une seule et même réalité ecclésiale, plurielle dans ses formes, mais tendant à être unie dans sa foi. Nous croyons être à l’unisson avec notre Frère, Sa Sainteté le Pape François, comme nous avons pu nous en rendre compte à de nombreuses reprises depuis le début de son ministère en mars 2013.

Pour autant, le dialogue et le rapprochement avec l’Église catholique romaine, comme toute initiative œcuménique, ne pourra trouver ses conditions de développement propres que dans le travail panorthodoxe. Aujourd’hui, nous sommes à la veille d’une synaxe importante au Phanar des primats des Églises orthodoxes, le jour du dimanche de l’Orthodoxie qui marque la célébration du premier dimanche du grand carême. Devant les nouvelles conditions dans lesquelles vit l’Église orthodoxe à l’issue de la fin du communisme, à l’heure où les flux migratoires portent des populations orthodoxes sur l’ensemble de la planète, nous devons plus que jamais être attentif à l’unité de communion. Dans le cas contraire, nous ne pourrons nous considérer comme les témoins véritables du Christ. L’unité ne se réduit pas à une somme de considérations particulières, mais elle se nourrit de la présence du Christ eucharistié qui anime notre lien de communion.

Mesdames et Messieurs,

Avant de clore cette modeste intervention, nous souhaitons nous adresser plus particulièrement aux jeunes. En effet, si tout notre espoir réside dans le Christ, c’est à vous que revient la responsabilité de l’incarner. Par trop, le monde dans lequel nous vivons est inquiétant d’insécurité. Nous voulons vous appeler au courage et à la foi. Nous voulons vous dire notre reconnaissance et formons le voeu qu’en grandissant vous puissiez faire l’expérience de l’Autre absolu, le Christ et des autres, nos prochains, car ils sont notre paradis.

Que Dieu vous bénisse et bonne année !



* Seul le texte prononcé fait foi.

 

 

 

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