Response

Adresse de Sa Sainteté le patriarche œcuménique Bartholomaios, président du saint et grand Concile de l’Église orthodoxe, en réponse à l’Allocution de Son Éminence l’archevêque Irénée, président du saint-synode provincial de Crète, à l’occasion de l’arrivée de Leurs Béatitudes les Primats des Églises orthodoxes autocéphales à la cathédrale Saint-Tite pour l’Office du Te Deum

(Héraklion, 18 juin 2016)

Éminence archevêque Irénée, bien-aimé frère en Christ, entouré de Leurs Éminences les très chers frères qui composent le saint-synode provincial de l’Église de Crète, précieux sarment du Patriarcat œcuménique,

Monsieur le Préfet,

Monsieur le Maire d’Héraklion et honorables représentants des autorités locales et régionales,

Peuple orthodoxe béni et héroïque de Crète,

En vérité « aujourd’hui tout est à la joie de la fête sacrée et magnifique des Orthodoxes ». Leurs Béatitudes les frères Primats des très-saintes Églises orthodoxes partout sur terre et mon humble personne, avec les délégations qui nous accompagnent, nous nous écrions en répétant la confession du saint patriarche Sophrone de Jérusalem : «Aujourd’hui les créatures d’en haut sont en fête avec celles d’en bas et celles d’en bas se mêlent à celles d’en haut. » Car nous, la nation des Orthodoxes, fêtons aujourd’hui en Crète, au pays de prédication apostolique « la Pentecôte, la venue du saint Esprit, l’échéance de l’annonce et l’accomplissement de l’espérance » « Fêtons la Pentecôte et la venue de l’Esprit ; en elle la promesse s’accomplit et l’espérance est réalisée. »

Notre sainte Église orthodoxe, ayant essaimé jusqu’aux confins de la terre, revêtue « de la royauté splendide et du diadème magnifique » (cf. Sg 5, 16), se trouve ce soir réunie dans ce temple accueillant le corps intact de l’apôtre Tite et fête la Pentecôte comme expérience de vie. Aujourd’hui, l’annonce est accomplie et le saint et grand Concile panorthodoxe est réalisé.

En effet, Leurs Béatitudes les frères Primats et moi personnellement, sommes très heureux de notre présence ici, dans la sainte Église apostolique et historique de Crète. Nous sommes très émus de prier ensemble dans cette magnifique cathédrale sous le vocable de saint Tite, véritable enfant de saint Paul l’Apôtre des Nations et fondateur de votre Église de Crète (cf. Tt. 1, 4). Cela, d’autant plus que, depuis une cinquantaine d’années, dans cet illustre temple de la grande Île repose la tête de l’apôtre Tite.

En effet, le très-saint Trône œcuménique s’enorgueillit de l’Église apostolique de Crète qui préside et qui est continuellement en tête de la marche vers les œuvres de bonté et de charité « pour bâtir le corps du Christ » (Ep 4, 12). Faisant cela, elle suit fidèlement l’exhortation que l’apôtre Paul adresse au premier évêque de l’île, son compagnon l’apôtre Tite : « fais attention… afin que tous ceux qui ont mis leur foi en Dieu s’appliquent à exceller dans les belles œuvres » (Tt 3, 8).

Fiers de cette véritable fille dévouée de notre très-saint et supplicié Trône œcuménique apostolique et patriarcal, nous avons convoqué ici, avec le consentement des Églises orthodoxes autocéphales, le saint et grand Concile de l’Église orthodoxe, prolongeant historiquement et symboliquement sa présence créative, son cheminement et son engagement vers l’avenir selon les « jugements » de notre Seigneur Jésus Christ qui fonde et édifie l’Église.

Le témoignage d’unité actif de l’Église orthodoxe, exprimé aussi par la participation de ses représentants à travers le monde aux assemblées cultuelles et ensuite à la coopération panorthodoxe dans un esprit conciliaire, est éminemment significatif en soi, pour la communion panorthodoxe et pour le monde entier de Dieu.

Nous sommes rassemblés, frères, pour délibérer et décider ensemble, en Concile, des questions qui préoccupent nos Églises et leurs relations, de même que nos rapports à tous dans le contexte du monde contemporain en continuelle mutation, ainsi que de graves problèmes de celui-ci.

De l’aveu général, nous traversons une période de violents et bouleversants changements à tous les niveaux de vie. Nous sommes interpellés à prendre position, à exprimer en l’Esprit saint les points de vue orthodoxes face aux nouvelles situations et données, de même qu’en prenant en considération le nouvel environnement dans lequel se trouve, vit, agit et chemine aujourd’hui l’Église orthodoxe ; dans l’ambiance qui entoure et anime son plérôme.

Les humains ont focalisé leur intérêt avant tout sur l’économie et l’individualisme. Ils ont ainsi affaibli leur amour pour Dieu, et leur relation à la foi et vie chrétienne. Le sentiment matérialiste soucieux d’intérêts règne, l’esprit et les valeurs spirituelles marginalisés. Les personnes sont devenues une donnée mesurable et envisagées comme des unités biologiques. Le rapport personnel à Dieu est ignoré, la fraternité entre les croyants émoussée, l’esprit traditionnel de coopération paralysé, le tout convergeant dans une futilité éphémère, passagère, privée de perspective.

Toutefois, lorsque le rapport de l’humain à Dieu et à son prochain s’estompe ou se dissipe, lorsque dans la vie sociale, s’affaiblit ou disparaît la référence verticale et le rapport au prochain son corollaire, la vie éthique et politique, c’est-à-dire le comportement social de l’homme, est mené à la déchéance et la dissolution. Ce phénomène caractérise tout particulièrement le monde contemporain contestant l’autorité et rejetant les valeurs traditionnelles, avec ses retombées initiatrices d’individualisme, d’eudémonisme et de sécularisme.

Cependant, toutes ces données négatives de notre société et de notre civilisation ont aussi un aspect positif. Elles signalent la grande nécessité et l’extrême actualité de la parole de l’Église orthodoxe exprimée en concile. Ici, en Crète, terre de bravoure et d’hardiesse, d’ethos et de persistance à la tradition, de respect légué des pères envers la vie et le culte orthodoxes, il faut que soit entendue – et elle le sera – la parole de l’Orthodoxie « énergique et plus tranchante qu’aucun glaive à double tranchant » (cf. He 4, 12) ; que soit donné – et il le sera – le témoignage et l’exemple effectifs au profit du plérôme de notre Église, mais aussi de l’humanité tout entière.

Votre Éminence archevêque Irénée et bien-aimé frère en Christ, avec Leurs Éminences les frères métropolites, membres du saint-synode provincial de l’Église de Crète,

Nous parlons en qualité de représentant de notre sainte Église orthodoxe établie jusqu’aux confins de la terre, qui est aujourd’hui représentée ici comme jadis à Nicée, Bithynie, Constantinople, Éphèse, Chalcédoine. Représentant un « concert harmonieux de théologie » et dirigeant spirituellement l’Église orthodoxe Une, nous tous exprimons à vous, nos saints frères et concélébrants Crétois, une parole d’encouragement et de consolation que le Christ est le seul à gouverner et à tout régir dans Sa providence. D’une seule voix et d’un seul cœur, ensemble avec tous les Saints, nous nous écrions tous : « Le Christ est le tout », maintenant et toujours et dans les siècles

Nous bénissons de tout cœur le saint clergé, les ordres de moines et le peuple crétois ami du Christ de votre accueil et hospitalité chaleureux et demandons vos prières et celles des Orthodoxes à travers le monde pour la réussite des travaux de notre Concile, délibérant en l’Esprit saint, pour que la lumière de l’enseignement orthodoxe divinement inspiré éclaire jusqu’aux confins de la terre et pour que nous ses membres, sous l’inspiration divine, suivions l’exemple des Apôtres et des saints hommes qui les ont suivis, pour garantir par voie conciliaire, affermir la foi et la vie de l’Église orthodoxe, sachant bien que c’est dans l’ordre que tout est embelli, affermi et édifié.

Que le Seigneur qui « appela tout à l’unité » par Son très-saint Esprit « vous donne d’être bien d’accord entre vous, comme le veut Jésus Christ » (Rm 15, 5). Amen.